
Imaginez que l’on choisisse une demi-douzaine de personnes au hasard dans la rue et qu’on les ramène dix mille ans en arrière pour les lâcher au beau milieu de la jungle.
Il ne fait aucun doute dans mon esprit que l’instinct de survie de notre nouveau groupe d’hommes préhistoriques (il y a des femmes aussi bien sûr) va les pousser à se regrouper. Et je pense raisonnable de croire qu’en cas de difficulté, les membres vont pouvoir compter les uns sur les autres.
L’homme est un animal social qui encore aujourd’hui se regroupe et cette façon de vivre couplée à son intelligence lui a permis de dominer notre planète, mais il semble que l’entraide en a pris pour son rhume dans le processus d’évolution : en cas de difficulté, il est loin d’être certain de pouvoir compter sur les autres de nos jours comme en fait foi cet article publié cette semaine.
C’est que l’homme est demeuré étendu, inerte, de longues minutes, sans qu’aucun automobiliste ne s’en préoccupe. Le propriétaire de l’épicerie Hébert, où devait se rendre la victime, est venu lui porter secours. « J’arrivais en auto. Lorsque je l’ai vu, je suis arrêté. Devant moi, les autos passaient tout droit. Pourtant, on ne pouvait pas le manquer », raconte Gilles Boutin. Une autre personne a assisté M. Boutin pour venir en aide à l’homme.
Ça ne s’est pas passé ailleurs dans le monde, mais bien ici à Montréal. Ça ne s’est pas passé n’importe quand, mais en pleine période des Fêtes, la saison de l’entraide et du partage. Ça ne s’est pas passé en privé, mais en public, en pleine rue.
Je trouve pour le moins ironique de voir un animal faire preuve d’autant d’indifférence et d’agir en mode « chacun-pour-soi » alors que la vie de groupe est encore gage de sécurité et de suprématie pour l’espèce humaine.
L’entraide m’apparaît plus une valeur propre aux sociétés primitives qu’à l’homme moderne.

